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Rencontre avec Marie-Claire Touya, auteure de romans policier

Laurie Fourniaudou

Mardi 17 janvier, j’ai interviewé Marie-Claire Touya, une auteure audoise spécialisée dans le roman policier.

C’est au salon du livre de Rouvenac que j’ai rencontré Marie-Claire Touya, en novembre 2022. C’est d’ailleurs la première romancière que j’ai vue en entrant dans la salle ! Nous avons longuement échangé sur de nombreux sujets concernant l’écriture. Je dois bien l’avouer : j’ai passé un excellent moment en sa présence.

Bien entendu, je lui ai proposé de l’interviewer si elle en avait envie. Et elle a accepté avec plaisir ! 

C’est ainsi que nous nous sommes donné rendez-vous ce 17 janvier 2023 pour discuter autour de son parcours, de sa passion pour l’écriture et de ses ouvrages publiés.

Tout au long de notre échange, j’ai eu la chance de découvrir quelqu’un d’incroyable, riche d’expériences, drôle, attachante et follement amoureuse des mots.

Et je vous partage aujourd’hui ce bel échange que nous avons eu. En espérant que vous apprécierez autant que moi de découvrir Marie-Claire Touya.🌟

Podcast de l'interview

Vidéo de l'interview

Transcription de l'interview

L :
Bonjour Marie-Claire et bienvenue à vous ! Merci beaucoup d’avoir accepté cette interview. Nous pouvons peut-être commencer notre échange par une petite présentation de vous. Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots ?

MC :
Je m’appelle Marie-Claire Touya, j’ai 67 ans, je suis une heureuse retraitée de l’Éducation nationale où j’ai travaillé seulement quelques années. Je suis native de Carcassonne. Et à part quelques séjours longs à l’étranger, je suis toujours restée dans cette région que j’adore.

L :
Alors merci pour cette petite présentation. Nous allons parler de votre passion pour l’écriture. Est-ce que vous pouvez nous dire depuis quand est-ce que vous écrivez et… si cela date de votre enfance à tout hasard ?

MC :
Oui bien sûr ! J’ai toujours écrit, j’ai toujours été une grande lectrice et j’étais fascinée par les gens qui écrivaient. J’ai toujours écrit, j’ai commencé toute petite, à l’époque du Club des 5 et du Club des 7 et d’Alice. Comme par hasard, déjà à l’époque, j’écrivais des policiers. Puis après, bon évidemment après y’a eu diverses périodes, à l’adolescence comme tout le monde j’ai écrit mon journal intime. En grandissant, en étant adulte, on a toujours des douleurs mal digérées et qu’on écrit parce qu’on ne peut pas en parler à tout le monde en permanence parce que sinon ça casse les pieds des amis et de tout le monde. Donc on se rabat une nouvelle fois vers un journal intime où là on parle de nos déconvenues de couple, etc., etc. Et puis après, après… J’ai toujours écrit mais un petit peu moins là, y’a eu une période où je me suis tournée vers l’art donc j’avais plus trop le temps de tout faire.

L :
Oui forcément ! (rires) Et qu’est-ce que l’écriture vous procurait à vos débuts ? Qu’est-ce que cela vous faisait, quelles émotions vous ressentiez à ce moment-là ?

MC :
J’adorais ça ! J’adorais construire des histoires. Je pense que c’est ça qui m’a toujours passionnée et qui me passionne encore maintenant. Construire des histoires, des histoires à partager. Pourtant à l’époque, je n’en parlais à personne quand j’étais petite. Vraiment je n’en parlais à personne. C’était des cahiers secrets que je cachais, que je cachais d’ailleurs tellement bien que les ¾ je ne les ai pas retrouvés !

(rires)

MC :
Oui c’était ça, c’était avoir une image dans la tête et essayer de la rendre en mot. L’écriture pour moi c’est ça, c’est avoir une image et la rendre en mot. Alors que la lecture c’est le contraire, c’est avoir les mots et des mots en faire une image.

L :
Oui c’est vrai vous avez raison, je n’ai jamais vu les choses comme ça mais c’est vrai.

MC :
Ben moi non plus ! Je l’ai trouvé en le disant en fait !

(rires)

L :
Donc ça vous permettait je suppose de vous évader et de vous faire du bien aussi comme vous disiez dans les journaux intimes, de raconter un petit peu vos déconvenues amoureuses, comme ça a pu arriver à beaucoup de personnes, dont moi, j’ai plein de journaux intimes aussi.

(rires)

MC :
On est toutes passées par là je pense. Plus les filles que les garçons d’ailleurs ! Mais les filles on avait vraiment besoin de ça en fait, de s’épancher et de raconter nos misères, nos malheurs, nos amours.

L :
C’est ça ! Et du coup vous avez répondu à la prochaine question en partie. Est-ce que vous avez gardé tout ce que vous avez écrit depuis vos débuts mais comme vous avez dit qu’il y a des carnets que vous n’avez pas retrouvé…

MC :
Je pense qu’ils ont dû subir des grands ménages intempestifs et donc je ne les ai plus retrouvés. Donc c’est dommage. Après en grandissant, mes carnets d’adulte j’en ai gardé un seul. Et les autres… j’en ai jeté beaucoup je pense en déménageant… Je voyais pas très bien ce que j’en ferais. Ou alors c’était carrément un désir de tourner la page. 

L :
Oui d’accord je vois. Mais il y a certains textes quand même que vous avez gardé qui datent d’il y a un petit peu longtemps ?

MC :
Ah oui ! Le cahier qu’il me reste je pense qu’il doit dater de y’a une trentaine d’années.

L :
Et vous le relisez parfois ?

MC :
Oui. Je le relis. Et je me dis que c’était pas de la littérature quoi !

(rires)

L :
Ah mais on évolue avec le temps aussi c’est vrai ! Et est-ce que du plus loin que vous écriviez, vous avez toujours rêvé de publier un ouvrage ou c’est venu plus tard ?

MC :
Je ne sais pas. En fait, honnêtement, je pense que je n’y aurais même jamais pensé. D’abord parce que j’étais complètement ignorante sur l’autoédition, tout ça. Et puis pour moi l’écriture c’est vraiment un art quoi. Écrivain c’est un grand mot quoi, comme artiste pour moi. Même quand j’étais plasticienne, je n’ai jamais dit que j’étais artiste. Je disais que j’étais créatrice, mais pas artiste. Là c’est pareil, je dis « j’écris » ou « je suis autrice » mais écrivaine… Pour moi c’est vraiment un mot pour les grands.

L :
Oui je comprends, je comprends ce que vous voulez dire.

MC :
Donc publier en fait, honnêtement je n’y avais jamais pensé. Mais… j’ai été poussée très violemment.

L :
Ah !

MC :
Lors de mon premier écrit qui était un premier écrit que je trouvais sérieux quoi, qui était suite à un épisode cancéreux que j’ai vécu et où je me suis aperçue que malgré l’amour de tous les autres, face à la maladie on était quand même seul, j’ai décidé de faire un journal de ma maladie. J’ai écrit tous les jours ce que je ressentais sans tomber dans le misérabilisme il paraît, ce qui me fait plaisir. Quand je l’ai eu fini, je l’ai montré à plusieurs personnes et il y en a une avec qui je fais des ateliers d’écriture depuis des années qui m’a dit : « Ah non non mais il faut absolument que tu en fasses quelque chose ! Ça peut servir à d’autres personnes, ça peut leur être utile, leur faire voir l’autre côté des choses, la façon dont tu le décris et tout. ». Et je me suis dit pourquoi pas. C’est parti comme ça. Il se trouve que j’avais déjà un policier sur le feu quand même que j’avais commencé après les premiers ateliers d’écriture c’est-à-dire vers 2014, quelque chose comme ça. Et là ça m’a donné un coup de fouet, vraiment ça m’a boosté pour essayer d’arriver jusqu’au bout. Comme quoi desfois ça ne tient pas à grand-chose !

L :
C’est vrai vous avez raison !

MC :
Puis je me suis aperçu que l’autoédition c’était finalement pas surhumain. J’avais une volonté c’était faire travailler les gens du coin parce que j’avais pas très envie de travailler avec Amazon donc j’ai trouvé un imprimeur dans le coin et tout s’est déroulé d’une façon qui m’a convenue.

L :
D’accord ! Eh bien c’est un beau parcours en tout cas. À propos de parcours, on peut peut-être parler de votre parcours professionnel justement. J’ai vu que vous aviez été institutrice, comme vous nous le disiez au début, vous avez travaillé dans l’Éducation nationale et que vous embrassez aujourd’hui encore une carrière de plasticienne. Donc est-ce que vous pouvez nous en dire plus à propos de vos expériences professionnelles ?

MC :
J’ai été institutrice pendant 25 ans, dont 18 à mi-temps pour être plasticienne justement parce que j’étais vraiment possédée par l’art et j’avais un besoin fou d’expression quoi. Et je pense que l’écriture ça tient du même désir. C’est toujours un désir d’expression parce que dans tout ce que l’on fait, comment dire… On se met dedans quoi, d’une façon ou d’une autre, il y a toujours une partie de nous qui est dedans. J’avais commencé à faire du tissage, donc de l’artisanat tout ce qu’il y a de plus basique. Puis de là je suis passée à la tapisserie contemporaine comme j’avais un grand métier dans laquelle j’ai commencé à inclure de tout, des papiers, de tout, enfin bon c’était terrible ! Je faisais des expos, ça se ?? tout le temps dans les transports, enfin c’était calamiteux. Un jour, une copine potière m’a dit : « Mais je ne comprends pas, si tu as envie de faire du 3D, pourquoi tu ne fais pas de la poterie ou de la sculpture ? Plutôt que d’ajouter des machins qui dépassent avec tes grands trucs là… Ça se casse, ça se détruit, chaque fois c’est l’enfer. ». J’ai dit : « Mais quelle bonne idée, je n’y avais jamais pensé ! ». Du coup je suis partie dans la céramique, dans la poterie qui me convenait très bien parce que… parce que j’aime la courbe. Et que dans le tissage, la courbe c’était terrible quoi. Au bout de quelques années, j’ai trouvé que… à propos de courbe je tournais en rond ! ça ne me convenait plus. J’avais toujours continué quand même à faire des collages, j’allais de plus en plus vers la peinture. J’ai continué à faire collages et peinture pendant de nombreuses années. Et je continue encore d’ailleurs puisqu’en ce moment je m’en sers pour illustrer les livres d’enfants. J’ai une grande affection pour le collage. J’en ai fait beaucoup en maternelle avec les enfants. Je trouve que c’est une technique dans laquelle on peut être vraiment très très libre. Alors qu’il y a beaucoup de gens qui ne voient que les contraintes. Mais pas moi. Moi j’aime le collage, j’aime déchirer, pas découper, déchirer. Pendant plusieurs années j’ai continué là-dedans, j’ai été prof d’arts plastiques. Et puis après, après, y’a eu en 2011 cette exposition que j’ai faite à la manufacture de Montolieu qui s’est très mal terminée. Je faisais des sphères de différentes grosseurs sur lesquelles je collais des photographies que je faisais moi-même. J’en ai fait jusqu’à 1,20 m de diamètre. C’était quelque chose qui me passionnait mais complètement parce qu’il y avait vraiment une vraie gageure parce que je commençais d’un côté et puis j’étais obligée de trouver une cohérence sans voir ce qu’il y avait de l’autre côté. Et ça pour moi c’était vraiment… C’était génial quoi, moi j’adorais ça. Et puis ce jour-là, le dernier jour de l’expo, mes sphères ont été vandalisées et ça a été vraiment le coup à l’estomac. Le lendemain on partait en vacances, en voyage donc on est partis et quand je suis revenue, pendant 3 mois, j’ai pas pu rentrer dans l’atelier quoi. C’était comme si on m’avait violée, c’était une agression… Voilà quoi. Et comme y ‘a pas de hasard, j’ai eu sur ma boîte mail un mail qui me demandait si j’avais envie de participer à un atelier d’écriture. J’y suis allée. Et ça m’a complètement remis le pied à l’étrier. À partir de là je n’ai plus arrêté d’écrire.

L :
C’est à partir de cet événement tragique que vous vous êtes mise à l’écriture.

MC :
Oui. C’était en 2011 et c’est vrai que depuis, j’écris journalièrement. Quand j’écris pas, ça me manque.

L :
C’est un vrai besoin.

MC :
Même si desfois c’est deux ou trois phrases mais il faut toujours que… un truc qui me vient à l’idée, un truc que je remarque… Y’a toujours quelque chose à écrire.

L :
Vous avez ce besoin-là d’écrire quotidiennement.

MC :
Oui, je suis accro !

(rires)

L :
C’est une bonne addiction cela dit !

MC :
Je trouve aussi !

(rires)

L :
Est-ce qu’aujourd’hui vous arrivez à vivre de vos ouvrages bien que je suppose que vous ayez une retraite mais est-ce que vous parvenez à vivre de vos livres ?

MC :
J’ai une toute petite retraite. Je n’essaye même pas de vivre de mes livres. Je pense qu’il y a tellement de monde sur le marché que… Il faut vraiment être très très très bon parce qu’en fait le problème c’est que plus il y a de monde, plus le niveau monte quoi.

L :
Oui bien sûr oui.

MC :
Plus les éditeurs ont le choix, donc… Donc je pense que pour être publié maintenant il faut vraiment être très très très bon. Non j’ai pas cette prétention-là. Je publie mes livres…Comme c’est… C’est un apport d’argent évidemment parce que je les achète par 100. Bon voilà je rentre dans mes frais, je fais un petit bénéfice, ça aide ma retraite et puis ça me va bien comme ça en fait.

L :
Oui vous êtes bien comme ça en fait.

MC :
Oui je trouve que la distribution, la promotion, ce sont des gros gros gros boulots et j’ai pas envie d’en faire plus quoi. Ce que j’aime c’est écrire.

L :
Oui avant toute chose c’est l’acte d’écrire avant de devenir célèbre pour ça. Et justement à propos de votre écriture, est-ce que vous pouvez nous dire quel genre littéraire est-ce que vous pratiquez, est-ce que vous êtes plutôt dans le roman comme vous nous avez dit ou est-ce que vous écrivez aussi de la poésie, du théâtre, un petit peu de tout ? Qu’est-ce que vous écrivez au juste ?

MC :
J’ai construit un bouquin de ce que j’appelle poésie dessinée. Ce sont comme des petits aphorismes avec des dessins que j’ai faits d’abord, des espèces de graphismes un peu comme des calligraphies que j’ai faites d’abord à l’encre de chine sur de très grandes pages puis que j’ai rétrécies petit à petit et sur lesquelles j’ai beaucoup réfléchi pour que ça colle vraiment aussi bien à la musique des mots qu’à leur sens. Mais ça a été un passage, c’était très fort, c’est venu comme ça. Et depuis j’écris très peu de poésie. Et principalement j’écris des romans policiers.

L :
Des romans policiers d’accord.

Mc :
Oui ! J’adore !

L :
Combien vous avez écrit de livres aujourd’hui en tout et est-ce que vous pourriez nous les présenter, peut-être pas tous s’il y en a beaucoup mais… Nous dire les principaux, nous raconter leurs histoires.

MC :
Alors j’ai écrit ce premier témoignage sur le cancer, ce qui est plutôt un petit journal qui s’appelle 384 443 petits Français, et moi, et moi, et moi… La quatrième de couverture c’est… Je commence en me disant que c’est une calamité, une catastrophe d’avoir un cancer mais est-ce que finalement, ça ne nous fait pas changer notre regard sur la vie ? Est-ce que parfois, quand on s’en sort bien, comme moi évidemment, c’est pour le pire bien sûr, mais aussi pour peut-être un petit peu le meilleur quoi. Je sais que ça peut heurter mais en fait ça intrigue beaucoup. Et les gens me l’achètent pour ça, parce qu’ils sont un peu étonnés que j’ose dire ça.

Et après j’ai écrit 4 romans policiers. Y’en avait un qui était en chantier déjà. C’est celui-là qui s’appelle De musique et d’ombre. C’est le premier. C’est une histoire qui se passe dans le milieu de la musique classique. C’est un pianiste virtuose qui a de sérieux ennuis, il faut le dire. C’est un livre pour lequel j’ai une grosse affection parce qu’en fait je le trouve très émouvant. Parce que c’est la maman qui est la narratrice, la maman de ce jeune adulte puisqu’il a 24 ans ou quelque chose comme ça, si je me souviens bien. Il y a bien sûr une intrigue policière mais en plus il y a un côté que je trouve assez émouvant. Donc voilà, j’aime bien ! (rires) Mais bon après, je les aime tous !

L :
Oui c’est normal ! (rires)

MC :
Ce sont mes enfants pratiquement donc c’est difficile. Après j’ai écrit Rapt dans la Malepère. Alors celui-ci il est très riche en rebondissements. Il se passe dans la Malepère qui est tout près de Montréal, là où j’habite où on va souvent randonner parce que y’a des paysages et tout c’est merveilleux. Et comme mon Commissaire Zorro est en poste à Carcassonne mais qu’il habite Cailhau, un petit village qui est tout proche de la Malepère et qu’il fait de la randonnée aussi, je me suis concentrée sur ce coin-là. Mais après on y voyage quand même énormément. Parce que bon moi je suis une sédentaire vagabonde donc… il faut que ça bouge. Mes histoires commencent toujours dans l’Aude puisque mon Commissaire est basé à Carcassonne mais après, il faut voyager. Et puis, au fil de mes voyages j’ai repéré tellement d’endroits où il peut se passer des choses sympas que du coup je m’en sers quoi.

Et après j’ai écrit Et pour quelques lingots de plus qui se passe presque totalement dans la Malepère. À un moment y’a un Canadien qui intervient, un Québécois mais c’est en visioconférence donc voilà. Je pense que j’ai été fortement influencée par le fait que j’avais écrit une grosse partie pendant le covid et donc j’étais un peu coincée… du coup mes protagonistes sont un peu coincés aussi. Celui-là il est parti d’une rumeur d’une vieille dame qui était ma voisine qui, quand je suis arrivée à Montréal m’a raconté que dans la Malepère, à l’époque, la résistance avait parachuté pour un groupe de résistants des lingots d’or pour les aider et que ces lingots d’or n’étaient pas tombés dans les mains des bonnes personnes. Ça m’a fortement intriguée, et ça faisait bien 30 ans qu’elle m’avait raconté ça mais de temps en temps je me disais : « Hm, je vais en faire quelque chose ! ». Et puis là, il se trouve que ça devait être le moment.

Et le dernier c’est Ce qu’il faut de fragilité, qui est sorti le 27 novembre. Alors là… C’est complexe comme intrigue. C’est de nouveau dans le milieu artistique. Ah oui j’ai oublié de dire que Rapt dans la Malepère aussi c’est dans le milieu artistique. La protagoniste principale est une artiste qui se fait enlever et il est question d’un tableau de Soulage.

Et là [Ce qu’il faut de fragilité], ça se passe aussi en grande partie dans le milieu artistique puisqu’une partie se passe dans le Puy-de-Dôme où a lieu chaque année une manifestation qui s’appelle Horizon Sancy, qui est une manifestation de land art. Y’a des artistes qui exposent dans plusieurs villages autour de la ??, tout ça. Et chaque année c’est extraordinaire parce qu’ils sont vraiment triés sur le volet. Ce sont des artistes de grande qualité. C’est une très très belle manifestation. En 2020, j’ai eu le coup de foudre pour une des œuvres qui était là et j’ai rien trouvé de mieux que d’y mettre un cadavre dessous. Et là oui c’est complexe mais… je l’aime bien celui-là aussi. Je les aime tous mais… celui-là je l’aime bien !

(rires)

L :
Alors moi j’adore les romans policiers et ça donne vraiment envie de lire les vôtres.

MC :
Celui-là il paraît que le suspens est d’enfer.

L :
C’est vrai ? Il faudra que j’essaye alors !

MC :
Je me suis tellement éclatée à l’écrire et j’ai aussi tellement travaillé dessus pour la langue… Parce que vraiment j’avais envie de passer un cap dans l’écriture et donc j’y ai travaillé vraiment très très très fort que depuis qu’il est sorti j’ai vraiment du mal à me remettre dans un autre quoi. Dans ma tête j’ai l’intrigue et tout, mais tout ce travail de mise en œuvre, d’écriture et tout, pour le moment je n’y arrive pas.

L :
Oui vous êtes vraiment restée dans ce roman qui a vraiment compté finalement.

MC :
Oui, c’est pour ça qu’après je me suis mise à ce livre pour enfants qui s’appelle, y’a pas de hasard, Maman est artiste. Mais je n’avance pas bien vite. J’avoue, je n’avance pas bien vite. Mais bon je pense que de temps en temps c’est nécessaire de faire des pauses aussi.

L :
Oui bien sûr ! C’est évident. Ça fait du bien aussi de prendre des pauses pour mieux redémarrer ensuite.

MC :
Et puis je suis à la retraite, je fais ce qu’il me plaît quand ça me plait !

L :
Vous avez raison ! Vous avez le temps !

(rires)

L :
Vous avez un peu répondu à la prochaine question, j’allais vous demander d’où vous vient l’inspiration pour écrire. Est-ce que c’est lié à votre environnement, à votre entourage ou est-ce que c’est votre imagination qui joue aussi sur votre écriture ? Vous avez dit qu’il y avait pas mal de… que votre environnement y jouait beaucoup mais justement est-ce que pour créer ces histoires policières par exemple vous avez une certaine, vous avez l’inspiration qui vous vient de votre tête ou alors… Comment est-ce que ça se passe exactement ?

MC :
Des faits divers aussi. J’ai écrit un cinquième texte dont je ne vous ai pas parlé qui s’appelle Les orgues de Granville, qui va peut-être devenir une pièce. Je suis très très contente et… en fait j’étais en Normandie, j’ai vu dans le journal Ouest France qu’il y avait des jeunes qui avaient saccagé des orgues dans un village. J’ai trouvé ça tellement… Idiot quoi, enfin… ça m’a indignée à un point… Du coup je suis partie là-dessus. C’est encore une enquête du Commissaire Zorro mais voilà c’est parti de là et pour aller vraiment très très très loin. Après c’est une histoire qui a une fin extrêmement étonnante je pense mais bon voilà je suis partie de là. Rapt dans la Malepère c’était… Bon on était en train de faire du vélo dans la Malepère avec mon compagnon, puis y’avait un grand virage et tout d’un coup il me dit : « Tiens tu vois pas, là dans le virage, y’a quelqu’un qui disparaît, rapt dans la Malepère ! ». J’ai dit : « Ah ! Tu me donnes une idée ! ». Et voilà c’est parti comme ça. Desfois c’est vraiment… voilà. Le dernier, j’avais envie de partir un peu moins sérieusement. Et le début est assez loufoque. Il faut dire ce qui est. Et puis il y avait cette sculpture, ça se passe aussi en partie à Perpignan qui est une ville que j’aime bien, le centre-ville parce que ça monte, ça descend tout ça, le Palais des Rois de Majorque, tout ça bon. Voilà. Et puis les Corbières aussi où y’a un sentier de sculpture, Mayronnes, tout ce coin un petit peu perdu. Je suis partie là-dessus. Puis y’avait des attentats qui se sont passés dans l’Aude tout ça. J’ai fait un micmac avec tout ça. Je sais pas en fait, c’est très… L’écriture pour moi c’est très instinctif en fait. Je ne fais pas de plan, je suis incapable de faire ça. Je pars comme ça. D’ailleurs, je me demande si le dernier je ne suis pas bloquée parce que j’ai posé plusieurs idées sur une page en me disant : « Il faudrait que j’y inclus ça, ça, ça et ça. ». Et je ne fais jamais comme ça. Je pars toujours comme ça. Quand j’ai la première phrase, je pars.

L :
C’est fou ça !

MC :
Oui oui ! Et donc là, ça fait déjà 3 fois que je refais le premier chapitre. En fait je crois que je vais tout jeter, que je vais essayer d’évacuer de ma tête toutes les idées que j’avais posées sur le papier et que ça va venir comme ça va venir quoi parce que sinon j’ai peur de ne pas y arriver.

L :
Donc en fait vous êtes plutôt, vous écrivez instinctivement. À l’instinct.

MC :
Après, ce qu’il y a de super pratique, c’est qu’avec l’ordi on peut corriger comme on veut, on peut déplacer les morceaux comme on veut. Après, le premier jet, c’est rarement le définitif. Dans le dernier, y’a eu vraiment plein d’étapes. D’abord j’ai fait le premier jet, ensuite je l’ai recopié sur l’ordi en m’arrêtant à chaque passage et à chaque changement de personnage. J’ai mis tout ça dans un classeur avec des post-it. Y’avait tellement de personnages, de faits différents que je me suis dit : « Oulala, dans quoi tu t’es embarquée ?! ». Et de temps en temps je lisais et je prenais un morceau, je le mettais ailleurs : « Est-ce que ce serait pas mieux là ? ». J’ai beaucoup travaillé comme ça, comme un puzzle. Pendant longtemps, longtemps ! Entre la fin du premier jet et la publication il y a eu plus d’un an.  

L :
D’accord oui vous avez sacrément bien retravaillé le texte.

MC :
Voilà et puis la langue bien sûr j’adore ça donc ! Je pense que c’est super important. Quand je vois sur Facebook, dans certains groupes où je suis, il y a des gens qui écrivent deux romans par an. Comment ils font ? Ou ils ont la science infuse, ou ils se content d’un truc à moitié fait quoi, ni fait ni à faire, c’est pas possible quoi.

L :
Oui c’est vrai que c’est peut-être une autre façon de faire et peut-être que les romans sont un peu plus bâclés, je sais pas trop. Moi j’en serais incapable aussi.

MC :
Moi je trouve que la langue française elle est tellement riche en vocabulaire, en tournure de phrase que c’est dommage de bâcler.

L :
C’est vrai et c’est ça qui fait la beauté de la langue mais aussi sa complexité. Et pour écrire un bon roman je pense un peu comme vous, je pense qu’il faut vraiment travailler le texte, aller chercher les mots, élargir son vocabulaire et essayer vraiment d’améliorer au mieux un texte. Au vu de la langue que l’on a, c’est vrai que c’est dommage de simplifier les choses. Après tout le monde n’est pas comme ça, mais moi je fonctionne un peu comme vous, j’aime bien jouer avec les mots, trouver les bons mots et c’est vrai que pour moi aussi c’est important.

MC :
Bon. Nous sommes d’accord !

(rires)

L :
Est-ce qu’il y a aussi des auteurs en particulier qui vous inspirent ?

MC :
Qui m’inspirent je ne sais pas mais que j’admire et que je lis fréquemment et que je relis, oui. Par exemple dans le policier, j’adore le ton de Fred Vargas. Vraiment pour moi c’est incontournable, son bouquin au Québec là, je l’ai relu je ne sais combien de fois. Je trouve ça formidable, vraiment. Après dans les policiers il y a aussi Henning Mankell que j’adore. Et là j’en ai découvert d’autres. En fait, tous les jeudis matins, je suis une lève-très-tôt, tous les jeudis matins, à six heures moins le quart, y’a une rubrique à France Inter qui s’appelle « Le polar sonne toujours deux fois » où y’a un critique qui conseille des romans policiers. Et j’en ai découvert des géniaux quoi ! Hugues Pagan, Le Carré des indigents, mais y’a de ces choses c’est extraordinaire quoi. Ça ce sont des gens que j’admire éperdument pour leur fluidité, pour l’ambiance aussi qu’ils savent installer parce que je pense que dans les policiers c’est super important. Et ça, y’a des gens en trois phrases ils installent une mélancolie, une brume, enfin c’est fantastique quoi ! J’aimerais écrire comme ces gens-là, avoir leurs intrigues, leurs ambiances et puis écrire comme Annie Ernaux. Voilà par exemple ! Je suis pas ambitieuse !

(rires)

MC :
Ce sont des gens que j’admire vraiment beaucoup.

L :
Je ne connais pas ces auteurs je dois vous avouer, en tout cas je ne les ai pas lus donc ça me donne envie de les découvrir aussi vu que j’aime le policier donc ce sera l’occasion de rajouter des auteurs à ma liste.

MC :
Voilà ! Ceux-là ce sont des grands !

L :
Est-ce que vous avez une routine d’écriture, quand est-ce que vous écrivez dans la journée, est-ce que c’est plutôt le matin, l’après-midi, le soir ? Est-ce que vous écrivez un petit peu tous les jours ? Comment vous vous organisez ?

MC :
Alors là c’est compliqué. Je ne sais pas comment je me débrouille mais j’ai le temps de rien. C’est épouvantable. Épouvantable, vraiment, pff… J’ai 36 choses sur le feu, rien n’avance, alors finalement j’écris la nuit. Et desfois je me dis que finalement c’est pas mal que je sois insomniaque parce que sinon j’écrirai plus. C’est terrible (rires). Sinon… Un premier jet je peux l’écrire n’importe où n’importe quand. Quand ça marche bien, que c’est fluide comme j’ai envie que ce soit, n’importe où n’importe quand, dans la salle d’attente du médecin, dans un café, n’importe où. Mais après quand je travaille sur les mots, les phrases, la langue, alors là je deviens une ermite. C’est catastrophique pour mon entourage. Je m’enferme, je vais plus voir personne. Si je peux, je pars pour qu’on me fiche la paix !

(rires)

MC :
Ça devient une véritable obsession, je ne pense qu’à ça. Je me demande si j’ai bien fait de dire ça comme ça, si j’aurais pas dû le dire, le faire dire par exemple à cette autre personne plutôt que… Enfin pff c’est des prises de tête pas possible.

L :
Vous avez besoin de solitude justement pour rester concentrée.

MC :
Ah oui ! Ah oui ! Sinon ça n’avance pas comme je veux et je deviens agressive et désagréable.

(rires)

L :
Donc pour préserver votre entourage…

MC :
C’est ça !

L :
Alors maintenant nous pouvons peut-être parler de la publication de vos livres. Vous avez dit que vous passiez par l’autoédition. Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi avoir fait ce choix exactement et est-ce que vous avez déjà envisagé de passer par des maisons d’édition ou pas du tout ?

MC :
Si si je l’ai envisagé, en particulier pour le dernier parce que j’avais eu de très bons retours quand je l’ai fait lire à mes bêta-lectrices. Donc je me suis dit pourquoi pas. Au mois de mai je l’ai envoyé à 22 maisons d’édition et il y en a encore la moitié qui ne m’ont pas encore répondu. Au mois de mai dernier. Donc au mois de novembre j’ai dit : « Bon, tant pis, je ne vais pas rater Noël, ce serait dommage et donc j’ai craqué et je me le suis autoédité. ». Pour le moment les quelques réponses que j’ai reçues sont négatives. Je suis même pas déçue parce que bon, comme on disait tout à l’heure, ils en reçoivent tellement que bon… Et puis de toute façon je suis toujours entre les deux. Je pense que ce serait une satisfaction personnelle qu’il y ait une maison d’édition qui m’accepte et que quelque part j’ai besoin de cette validation.

L :
Oui je comprends.

MC :
Parce que bon, il faut dire ce qui est, je me permets de le dire, sûrement j’ai tort, mais dans l’autoédition, j’ai lu du meilleur, mais j’ai lu aussi beaucoup beaucoup beaucoup de pire. Bon je fais peut-être partie du pire pour certains mais bon voilà. Mais justement j’aimerais savoir où j’en suis quoi. J’aimerais avoir cette validation mais d’un autre côté, la maison d’édition il faut vraiment tomber sur une bonne quoi. Parce que quand je vois tous ces auteurs dans les salons du livre qui sont soi-disant édités dans les maisons d’édition classiques mais qui font tout le boulot parce que la maison ne fait aucune promo, que c’est à eux à faire les salons, que c’est à eux de faire la distribution car la maison n’a pas de distributeur, etc., etc., je me dis pfff… Voilà. Être autoédité, ça demande vraiment vraiment beaucoup de temps et je pense aussi que c’est, d’ailleurs ces derniers temps c’est peut-être par ça que je  me fais un peu bouffer quoi, la promo, les interviews, les dédicaces dans les magasins, etc., bon voilà, les rendez-vous nécessaires aux dédicaces, la recherche de lieux où faire des lectures, tout ça, ça prend énormément de temps. Il faut tout le temps être suspendu à son téléphone, ses réseaux tout ça. Mais d’un autre côté, on gagne nettement mieux sa vie, il faut dire ce qui est. Chaque fois je me le demande, chaque fois que je suis en dédicace et qu’il n’y a pas assez de clients, je me dis : « Jamais plus ! ». Et puis finalement à la fin de la journée je me dis : « Bon, c’est pas si mal finalement. ». Donc voilà je suis une perpétuelle hésitante à ce niveau-là.

L :
Tout à l’heure vous avez dit que vous ne passez pas par Amazon et que vous passez par des artisans de proximité. Comment ça se passe au juste ?

MC :
Je travaille avec l’imprimerie du Noisetier à Lavelanet, je lui envoie mes fichiers par exemple. Mon premier bouquin, je l’ai mis sur Amazon, j’ai voulu le mettre sur Amazon et j’ai galéré comme une malade, et pourtant je suis quand même assez coutumière avec Internet et tout ça. J’ai galéré comme une malade pour le mettre dans le format, pour rentrer la couverture, etc. ça m’a pris une après-midi. Ça m’a agacée ! Rien n’allait bien. J’ai regardé sur ??, j’ai trouvé un imprimeur, en plus à Lavelanet donc tout près, je faisais travailler un local donc j’étais contente. Les prix n’étaient pas vraiment supérieurs à ceux d’Amazon. Le seul obstacle c’était qu’il me fallait une mise de fond de 100 bouquins pour en avoir un prix correct. Après, à partir du 44ème, je rentre dans mes fonds. Donc je trouve que le challenge en vaut la peine.

L :
Oui donc c’est plus avantageux pour vous de faire comme ça plutôt qu’Amazon.

MC :
Quand je lui ai envoyé mon premier roman policier, 5 minutes après il décrochait son téléphone et il me disait : « Euh vous êtes sûre que vous voulez le vendre ce bouquin ? », je lui ai dit : « Oui pourquoi ? », il me dit : « Non mais parce que la police de couverture là, ça va pas du tout, il faut que vous en trouviez une autre ! ». C’est quelqu’un qui est dans le métier depuis 35 ans donc il est capable de… Si ça décale un peu, il est capable de le remettre en place donc voilà il fait un boulot formidable.

L :
Oui donc il est aussi là pour vous aiguiller, pour vous aider dans certaines tâches. Et aussi il y a ce contact avec les autres qui est important et qu’avec Amazon on n’a pas finalement.

MC :
Après j’ai des copines qui fonctionnent très très bien sur Amazon. Mais moi, j’y ai mis un ebook et honnêtement, je ne vends quasiment rien, même en ebook. Je crois que je ne suis pas assez motivée, que je n’y consacre pas assez de temps.

L :
Après c’est une solution qui n’est pas faite pour tout le monde non plus.

MC :
Voilà. Moi je crois que finalement, ce que j’aime dans les dédicaces c’est le contact avec les gens. Ça c’est vraiment super. Surtout quand y’a quelqu’un comme le dernier salon que j’ai fait, qui vous fonce dessus parce qu’il a lu un de vos romans à la médiathèque et qu’il a été emballé et qu’il veut tous les autres ! Merveilleux !

(rires)

MC :
Ça arrive pas à chaque fois mais qu’est-ce que ça fait du bien ! C’est merveilleux quoi. Donc… je crois que ça me va, en fait. Finalement, quand j’ai vu la colonne des pour et la colonne des contre, je me suis dit : « Op, finalement, c’est pas mal ! Les dédicaces non plus c’est pas mal ! ». Et il y a un truc que j’adore c’est lire à haute voix.

L :
Oui ça vous plaît aussi.

MC :
Je trouve que c’est sympa de lire des extraits, d’essayer de donner envie aux gens quoi. Donc… c’est bien !

L :
Justement à propos de dédicaces, est-ce que vous en réalisez beaucoup ?

MC :
Ben j’aimerais en faire plus en fait. Plus que des salons. Parce que ça marche mieux, parce que ce sont des journées très fatigantes mais où en général on rencontre des gens passionnants. Et puis… Je sais pas c’est un autre contact en fait. Dans les librairies, pour le moment, je n’ai jamais vendu énormément mais ce n’était jamais des dédicaces à la journée, c’était plutôt des dédicaces de deux heures, trois heures donc c’est un peur normal aussi. Après je fais des dédicaces dans des chaînes Culturelles comme la Fnac, les Cultura, tout ça. Ça porte un peu tort aux libraires, je sais mais on bénéficie de leur clientèle et nombreuse. C’est une journée dure, à la fin on est vraiment lessivé mais on a vu beaucoup de monde, on a beaucoup parlé, dans le lot on a rencontré pas mal de gens intéressants et on a vendu aussi et ça, ça fait quand même drôlement plaisir. Pour moi c’est pas seulement une histoire de fric, c’est aussi une histoire de partage. Je pense que si on écrit, c’est aussi pour être lu. Lu et aimé. Et c’est malheureux à dire mais maintenant l’amour il passe par le portefeuille. Si quelqu’un est suffisamment séduit par votre discours, par la couverture de votre bouquin et tout pour acheter votre livre, moi je trouve ça magnifique.

L :
Justement c’est ce que j’allais vous demander, vous aimez ces moments de rencontre avec vos lecteurs ou futurs lecteurs. C’est quelque chose qui fait partie intégrante du processus d’écriture finalement et qui vous plaît. On le sent que ça vous plaît. Vous aimez ça, ces échanges, ce partage ?

MC :
Oui oui. Oh j’ai toujours quelques passages à vide dans la journée parce que bon j’ai plus vingt ans. Et il y a des moments où vous répétez les mêmes choses et tout c’est… J’ai un moment où souvent où j’ai un passage à vide un peu, où je suis sur les rotules. Et puis après je me remotive en me disant : « Non mais tu es là, faut y aller, faut aller à fond quoi ! » et puis voilà, et puis ça repart. C’est vrai que c’est gratifiant en fait quand on vend entre 25 et 30 livres dans la journée, on est drôlement heureux quoi. Ça fait du bien au moral, on repart on est gonflé à bloc pour la prochaine fois… C’est chouette !

L :
Est-ce que vous auriez éventuellement des anecdotes qui vous viendraient à l’esprit à nous raconter sur justement ces dédicaces que vous faites, des rencontres insolites ou je ne sais pas peut-être quelques petites choses à nous raconter ?

MC :
Ben je vous ai raconté celle de ce lecteur qui m’a fondu dessus là en disant à sa femme : « C’est elle ! ».

(rires)

MC :
Et puis après les anecdotes incompréhensibles pour moi c’est les gens qui viennent dans des salons par exemple et quand vous essayez de les interpeller pour partager avec eux, ils vous disent : « Ah moi je lis jamais ! ». Alors ça, je n’ai toujours pas compris.

L :
Ah oui en effet, c’est spécial.

MC :
Mais qu’est-ce qu’ils viennent faire là s’ils ne lisent jamais ? Oui c’est spécial, comme vous dites, c’est spécial (rires). Voilà après non, je n’en ai pas d’autres. Les gens sont sympas en général, je les interpelle en leur disant : « Vous lisez des romans policiers ? ». Y’en a qui me disent : « Non moi jamais ! » et puis finalement en discutant ils m’en prennent un quand même. Bon ce qui m’intéresserait beaucoup ce serait d’avoir leurs retours en fait.

L :
Oui c’est vrai que c’est important ça aussi.

MC :
Mais y’en a pas beaucoup qui envoient des retours. Et c’est dommage. Mais bon après, moi je suis une grande lectrice, sur Facebook ou sur d’autres sites, ou sur Amazon, y’a les auteurs que je lis et c’est vrai que je suis la première à ne pas le faire. Je prends pas le temps, parce que bon voilà. Donc je comprends. Mais du coup on se demande toujours un peu : « Est-ce que ça leur a plu ? ».

L :
C’est vrai je comprends. Ce retour est un besoin vraiment pour savoir ce que les gens pensent de notre écriture, de nos romans, de nos histoires et ça nous aide aussi à nous améliorer par la suite.

MC :
Voilà. C’est important.  

L :
Et est-ce que c’est grâce à ces dédicaces que vous faites que vous parvenez à vous faire connaître un petit peu ou vous avez d’autres moyens de promouvoir vos livres, peut-être sur internet justement, est-ce que vous passez par certains réseaux sociaux ?

MC :
Dans l’Aude j’ai eu une grosse aide des médiathèques. Enfin certaines, pas toutes. Les médiathèques du réseau de Carcassonne où y’a quand même 86 villages m’ont acheté donc mes livres circulent. Donc ça c’est super ! Après il y a les médiathèques du réseau de Bram aussi, y’en a 8. Donc ça c’est super aussi. La bibliothèque municipale de Moussoulens, celle de Chalabre, ça c’est vraiment super super. Et puis c’est un grand grand bonheur pour moi. Je suis très heureuse de figurer en lecture publique. Parce que la lecture publique pour moi qui à un moment était sérieusement fauchée il faut le dire, c’est le seul moyen d’accéder au livre quand on a des tout petits budgets. Et je suis très heureuse qu’il y ait des gens, même s’ils ont pas les moyens, qui puissent me lire. Je trouve ça super.

L :
C’est vrai que c’est chouette. Et c’est beau d’avoir cet accès au livre pour les personnes qui n’ont pas les moyens d’avoir accès à vous. C’est vrai que c’est beau.

MC :
Je trouve que… Même si après ils ne font pas comme ce monsieur, ils m’achètent pas les autres, de toute façon, voilà… Ces médiathèques me les ont tous achetés pour le moment donc en plus les gens peuvent lire les 4 s’ils veulent, les 5 même. Donc ça c’est génial. Et j’espère que ça va continuer, et j’espère convaincre d’autres réseaux. Parce que j’avais été en contact avec la médiathèque de Narbonne mais je sais pas… Il y a eu un quiproquo au point de vue de la librairie, parce qu’elle voulait passer par une librairie enfin voilà ça s’est pas fait. Je regrette beaucoup parce que c’est aussi où y’a beaucoup de médiathèques et de bibliothèques dans les petits villages tout autour de Narbonne et j’aimerais bien. Et Lézignan pareil, j’y suis allée, la dame qui s’occupait des policiers m’a dit que ça l’intéressait et tout mais après le covid est arrivé, je sais pas si elle a perdu mon adresse ou quoi mais je pense que je vais y revenir. Je ne lâcherai pas le morceau !

(rires)

L :
Est-ce que vous avez d’autres projets dans le futur ? Vous nous avez parlé de ce roman que vous n’arrivez pas pour l’instant à écrire mais justement est-ce que vous avez d’autres projets ?

MC :
Ben je voudrais finir ce livre d’enfants déjà. Je ne sais pas si je ne vais pas l’envoyer à des éditeurs de nouveau quand même.

L :
Ah vous allez rééssayer !

MC :
Mais spécialisés dans les livres d’enfants bien sûr. Parce que quand même j’ai regardé un peu sur les sites, je pense qu’ils ne reçoivent, qu’ils n’ont pas autant d’envois que les maisons d’édition de littérature adulte. Donc peut-être que je vais l’essayer. Je sais pas. Toujours pareil. C’est une façon de savoir ce que vaut mon travail quoi.

L :
Oui je comprends, c’est important.

MC :
J’ai passé beaucoup de temps sur ces collages et tout et j’aimerais savoir si ça vaut quelque chose ou si ça ne vaut rien. Je les ai montrés à la directrice du réseau de Bram, du réseau de médiathèques, et elle m’a dit qu’elle adorait donc ça m’a fait du bien. Mais après voilà je sais pas. Donc oui j’aimerais bien savoir. Mais bon après je pense que ça finira comme d’habitude. Je vais allée au Noisetier et que ça finira chez eux (rires).

L :
Après c’est bien d’être persévérant aussi. Et je comprends cette reconnaissance que l’on veut avoir d’une maison d’édition. Ça fait toujours du bien de savoir qu’une maison d’édition a validé nos ouvrages.

MC :
Oui c’est vrai. C’est important pour moi. Après il y a des contraintes aussi dans l’édition traditionnelle quand même. Donc je ne sais pas, je laisse… Je travaille beaucoup à l’instinct.

L :
Vous verrez sur le moment quoi !

MC :
Voilà sur le moment !

(rires)

L :
Est-ce que vous développez aussi votre statut d’auteur sur les réseaux sociaux, est-ce qu’on peut vous trouver quelque part afin de suivre votre actualité ?

MC :
Oui ! Alors j’ai une chaîne YouTube où j’ai mis beaucoup d’extraits des Orgues de Grandville justement. Donc ce texte que je n’ai pas publié sur lequel je vais commencer à travailler bientôt avec une metteuse en scène de la Haute-Vallée de l’Aude. Puis… Je ne me souviens plus de la question excusez-moi !

L :
Si vous vous développiez aussi sur les réseaux sociaux en tant qu’auteur.

MC :
Je fais partie de beaucoup de groupes. On discute beaucoup. Mais à part ça, commercialement parlant franchement ça ne m’apporte rien. D’ailleurs cet après-midi je me suis enlevée de deux parce que je trouve que ça me prend trop de temps par rapport au résultat que ça m’apporte quoi. Bon après y’a des échanges sympas en particulier sur les réseaux qui sont plus spécialisés dans le polar, tout ça. Y’a des choses sympas. On se conseille des bouquins tout ça, enfin c’est chouette. Mais je trouve que c’est beaucoup de temps quoi. C’est vrai que les réseaux c’est chronophage c’est terrible quoi.

L :
Il faut prendre le temps oui de développer sa présence en ligne, ça se fait pas du jour au lendemain et faut pouvoir s’y tenir.

MC :
Après je suis sur Instagram aussi en plus de Facebook mais Instagram je crois que je vais m’enlever parce qu’en fait je n’arrive pas à élargir mon réseau. Je suis toujours au même nombre d’abonnés, j’arrête pas de recevoir des pubs… ça m’agace ! Donc voilà.

L :
On peut trouver vos ouvrages en direct lorsque vous faites des dédicaces ou dans les salons du livre.

MC :
Voilà ! Puis y’a la librairie Breithaupt à Carcassonne qui me commercialise et je l’en remercie beaucoup parce que c’est vraiment la seule librairie à soutenir vraiment les autoédités, à les recevoir en dédicace et tout. Donc je trouve ça super ! En plus c’est vraiment une institution à Carcassonne donc ça c’est chouette. C’est la librairie de mon enfance, j’y suis très attachée. Après… le bureau de tabac de Bram qui a mes livres depuis le début aussi qui m’en vend pas des mille et des cents mais qui m’en vend régulièrement. Et ça, c’est sympa ! Et puis… Où est-ce qu’il y a des endroits où je commercialise ? En fait je mets des affichettes sur ma voiture et les gens m’interpellent : « C’est vous qui écrivez les livres ? ». C’est très rigolo. J’ai des anecdotes comme ça. Au mois de novembre, j’étais allée à une manifestation de céramique, loin, près de Bourges et je m’arrête pour prendre de l’essence. Puis ça fonctionnait pas. Le gars sort, il vient. Puis tout d’un coup je le vois qui s’arrête pile devant l’affichette que j’avais mise sur l’une des vitres de ma voiture. Il me regarde il me dit : « C’est vous l’auteur ? » ; « Ben oui ! ». Il me dit : « Un auteur ! En vrai !! Oh mais je vous achète un bouquin ! Tout de suite ! Des policiers vous écrivez ? Mais ma femme va A-DO-RER ! Vous allez me le dédicacer, tout de suite ! ».

(rires)

L :
Oh mais c’est génial !

MC :
Alors, la pompe marchait pas parce que c’était bloqué, il savait pas pour quelle raison, donc j’ai dû rester un quart d’heure dans la guérite avec lui. Et non seulement il m’a acheté le bouquin, mais il m’a offert le café, le croissant, tout ça en attendant… Parce que je lui faisais une dédicace. Et tout ça en attendant que l’essence refonctionne. C’était chouette !

L :
Ah ça devait être un sacré moment !

MC :
Ah vraiment ce jour-là j’étais comblée. Je me suis dit : « Ah mais ça c’est super, alors vraiment ! »

L :
Ah oui c’est génial, c’est des moments comme ça qui restent gravés je suppose.

MC :
Ah oui ! Là je n’en revenais pas. Donc voilà c’est des anecdotes comme ça qui font drôlement plaisir. C’est vrai. Je fais du badminton à Carcassonne, j’avais dit à personne que j’étais autrice. Un jour, au moment de partir, ils se sont tous arrêtés à côté de ma voiture pour qu’on discute. Ils ont lu l’affiche et maintenant j’ai des groupies dans le groupe là. C’est génial ! Donc voilà desfois c’est des petits trucs comme ça, une affichette, bon voilà. J’en ai une aussi sur la porte de mon atelier du village et de temps en temps pareil, y’a les gens qui tapent à la porte : « C’est vous qui écrivez des romans policiers ? Ah ben je vais vous en prendre un ! ».

L :
Ah ben c’est super d’avoir des moments comme ça où les gens viennent spontanément, je trouve ça génial.

MC :
Ah oui oui ! Je trouve ça très sympa en plus on discute de tout, ils me posent des questions, comment j’écris, tout ça, comment ça vient et tout. Je trouve ça vraiment adorable quoi.

L :
Franchement c’est chouette j’aimerais bien avoir ce genre de personnes qui vient comme ça frapper à la porte avec un petit café.

(rires)

MC :
C’est vrai que c’est autre chose qu’une relation de réseau quoi.

L :
Oui ça n’a rien à voir, c’est sûr que là vous avez le contact direct et c’est toujours plus sympa.

MC :
Et puis bon ce qui est satisfaisant quand même c’est que ça met beaucoup de temps bien sûr, mais petit à petit ça fait tache d’huile. Le nombre d’abonnés grandit du coup voilà parce que je prends leur adresse mail, je fais une petite newsletter. Donc ça grossit, petit à petit mais ça grossit. Faut être patient et puis bon je ne prétends pas être vendue comme Delphine de Vigan et à la limite ça m’est égal quoi.

L :
C’est pas ça qui vous intéresse oui.

MC :
Moi je trouve que c’est passionnant d’avoir le contact avec les gens. De savoir pourquoi ils lisent, qu’est-ce qu’ils lisent. Et à force de discuter avec les gens, je m’aperçois que j’arrive de mieux en mieux à les accrocher sur mon travail justement parce que je sais comment les prendre quoi. Quand ils me disent : « Je lis beaucoup de policiers. », je leur demande : « Quels auteurs ? », comme ça, je sais que si ce sont des gens qui sont adeptes des guerres de gang et de l’hémoglobine, c’est pas mon public, c’est pas la peine. Je perds mon temps et eux aussi. Donc voilà ce sont des petites choses comme ça qui font que j’arrive mieux à cibler et à rentrer vraiment en contact avec des gens qui sont vraiment intéressés ou susceptibles d’être intéressés par ce que je fais.

L :
C’est ce qu’on ressent, c’est le plaisir d’écrire, de partager et de rencontrer vos lecteurs. Pour résumer, on pourrait dire ça comme ça.

MC :
Voilà, tout à fait.

L :
Bon ben écoutez c’était super intéressant, j’ai passé un très très bon moment avec vous !

MC :
Ah ben moi aussi !

L :
J’espère que nos auditeurs aussi auront pris du plaisir à vous écouter en tout cas moi j’ai adoré vous découvrir. C’était vraiment chouette. Je vous remercie une nouvelle fois encore d’avoir accepté cette interview. Si vous voulez je mettrais quelques petites informations supplémentaires sur la vidéo. Et puis voilà ! Encore une fois merci puis je vous dis à très bientôt et merci aussi à tous ceux qui nous ont écoutées !

MC :
Merci beaucoup, au revoir !

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